Divorce, séparation, garde des enfants. Combat des pères, lutte des mères : les souffrances se distinguent-elles ? Madame K nous fait partager ses sentiments au travers de cette nouvelle chronique, forte, personnelle et prenante.
Je n'avais pas envie de parler de jugement, de séparation, de divorce, jusqu'à ce que le même jour deux signes me poussent à le faire. Le premier est un affichage-diffuseurs d'un quotidien du coin que je découvre le matin en allant travailler. Il indique "Divorces : le combat des papas". Dans ma voiture, j'augmente le volume de la radio. Didier Porte "nique" tout le monde pour mieux vendre son livre. Je n'arrive même pas à sourire, je suis agacée et même lui n'y change rien.
Le second signe vient à 10h30, à la pause lorsqu'un collègue m'interpelle pour me parler du jugement au Tribunal des affaires familiales d'une de ses amies et de l'intérêt que je suis "censée" y porter puisque nouvellement chroniqueuse sur un site prônant - entre autres - l'égalité homme-femme. Je n'ai pas envie d'écouter, je suis sortie du tribunal la semaine dernière et je ne veux rien savoir de cette femme ! Je sais que si j'écoute, son combat sera le mien... J'écoute !
Frappée par son conjoint parce qu'elle l'avait trompé et qu'elle le quittait pour cet autre homme, elle est aujourd'hui dépitée et déçue par le jugement rendu par la JAF (Juge aux Affaires Familiales). Et si Madame de Staël disait de la vertu des femmes qu'elle "dépend presque toujours de la conduite des hommes", l'avocate de Monsieur, elle, pense que Madame a eu tort de vouloir le quitter et de le tromper, et que la violence subie n'est que la conséquence du comportement immoral de son ex-femme.
Le jugement a été prononcé : garde alternée, et ce, même si le jugement pour coups et blessures n'a pas encore été prononcé. Stupéfaction ! Madame va devoir vivre dans l'angoisse, espérant que son ex-conjoint se contienne, lui qui, bébé aux bras, a menacé de le jeter au sol.
L'histoire de cette femme, c'est l'histoire de beaucoup de femmes, c'est un peu la mienne aussi.
S'il est bien un domaine dans lequel nous sommes égaux, c'est dans la souffrance. Et je reste persuadée qu'une séparation et un jugement sont bouleversants pour beaucoup. Je crois également qu'il faut du recul et que les problèmes doivent être traités à froid. Mais en amour, rien n'est rationnel...
Je sais la douleur de certains pères injustement accusés par leur ancienne compagne. Je connais ces enfants pris en otage affectivement par leurs parents, car j'en côtoie chaque jour au collège. Mais je ne connaissais pas, à part moi, de femmes poussées à prouver la violence du père de leurs enfants et dénigrées.
Il s'avère que nous sommes nombreuses à avoir apporté toutes sortes de preuves : de la violence, de la dépendance aux drogues, de la manipulation, voire de la perversité de nos anciens compagnons, et nos paroles sont presque vaines. Presque, parce qu'en mon cas, le papa a droit à un jour de visite par mois, mais aucun rappel à la loi n'a été fait et je lutte accessoirement depuis 3 ans pour le versement d'une pension qu'il consacre à de multiples addictions !
Quand je lis que les papas luttent lors des divorces, je ne suis pas tout à fait d'accord. Certains luttent ! Mais à ce jour, je crois que ce sont nous, les femmes, qui payons pour les erreurs passées. Nous payons la folie d'autres femmes qui ont privé certains pères de leurs enfants. Aujourd'hui, la porte est ouverte à toutes les suspicions envers nous. Chaque cas est différent et je me défends de faire des amalgames. Mais je peux vous assurer qu'un homme qui se drogue, qui le reconnaît, qui a trainé son ancienne compagne au sol et levé le poing au-dessus de sa tête devant les enfants, qui fraude l'Etat et qui a abandonné sa famille un matin, peut se voir offrir sur un plateau d'argent des droits dont il ne veut parfois même pas. Et que nous autres, femmes meurtries, nous devons subir cet affront comme un second coup de pied... N'ayez crainte, comme au premier nous nous relevons, nous redressons la tête qui, même "ensanglantée n'en reste pas moins haute".
Alors cher journaliste du Maine Libre qui titrez "le combat des papas", je vous suggère d'élargir votre article à toutes les souffrances. Vous verrez des hommes qui luttent pour prouver qu'ils sont de bons pères et des femmes qui luttent tout court.
Madame K


