Une mobilisation nationale pour les droits des femmes est organisée le samedi 17 octobre 2009 à Paris, à l'initiative du Collectif National pour les Droits des Femmes (CNDF) et Femmes Solidaires. Les mots d'ordre : liberté, autonomie, dignité, laïcité, égalité et solidarité. Peut-on encore "oser" être féministe aujourd'hui ?
Les faits sont connus depuis longtemps, nous vous en avions déjà communiqué les chiffres : la population active féminine est nettement moins payée que la population active masculine, les femmes occupent la presque totalité des emplois à temps partiel, les violences conjugales conduisent au décès d'une femme tous les 2,5 jours et la crise économique et sociale que nous traversons amplifie inexorablement les inégalités et écarts entre hommes et femmes.
L'égalité est pourtant formelle, c'est à dire inscrite dans la loi, mais elle tarde à être réelle, en particulier dans le monde du travail. Dans un récent colloque organisé à Paris, une des questions revenant sans cesse pour les entreprises à la faute était : "Quelles sanctions et pour quelle efficacité ?"
Sans entrer dans des détails techniques, les entreprises de plus de 50 salarié-e-s sont tenues d'établir un Rapport de Situation Comparée (RSC) tous les ans, afin de "repérer et analyser la situation des hommes et des femmes en leur sein, et définir les actions à mener visant à supprimer les inégalités". Obligation légale donc, mais qui ne fait l'objet d'aucun contrôle et d'aucune sanction efficace. Et ne nous y trompons pas : s'attacher à regarder le niveau des salaires des unes et des autres pour rééquilibrer à postes et formations comparables, est loin de résoudre le principe d'inégalité salariale.
En effet, les hommes occupent les postes les mieux payés dans les entreprises, et même si les quelques femmes ayant réussi à franchir le plafond de verre touchent des salaires identiques, il n'en reste pas moins que la population active féminine globale demeure moins payée car inégalement traitée dans l'accès aux postes à temps complet, de cadres et de direction. Zéro écart de salaire dans une entreprise ne signifie pas zéro inégalité !
Liberté, autonomie, dignité, laïcité, égalité et solidarité
Cet appel à la mobilisation va bien au-delà du monde du travail et s'inscrit dans une lutte contre les préjugés sexistes et, à l'étonnement d'Olympe (blogueuse féministe), contre la lesbophobie. Il est vrai qu'il s'agit là d'une caractéristique identitaire de certaines femmes, comme le sont la couleur de peau ou le handicap. Mais l'orientation fait somme toute bel et bien partie de l'appel à une réelle liberté à disposer de son corps au travers de sa sexualité, et à une réelle égalité sociale dans le cadre d'une vie partagée avec une autre femme.
L'idée de cette mobilisation a été encouragée par la volonté de "créer un réseau pour militer ensemble, femmes et hommes, auprès de toutes les générations et plus particulièrement des jeunes", comme nous l'a confié Thalia Breton le 2 octobre dernier, membre de l'équipe du nouveau magazine en ligne Osez le féminisme ! (www.osezlefeminisme.fr). "Cela ne se fera pas sans les hommes, ne serait-ce que parce-qu'ils sont plus de 80% à siéger au parlement !", ajoute t'elle, avant de se rendre à la soirée-débat spécialement organisée par les mouvements jeunes associatifs, syndicaux et politiques.
Il est vrai que le féminisme est souvent perçu comme un combat exclusivement féminin, ou alors d'arrière-garde par une partie de la jeunesse, certaine que l'égalité est réelle et que tout cela ne concerne que les adeptes du "women's power".
Mais c'est sans compter le développement de mouvements radicaux, intégristes de toutes tendances et de décisions politiques parfois sibyllines. Le droit à l'avortement existe en France, mais il demeure de plus en plus difficile d'y accéder près de chez soi, de moins en moins de médecins se forment à cette pratique et, selon des militantes du Planning familial, le fait d'avoir permis l'inscription de fœtus morts au registre de l’état civil sans limite d'âge pourrait conduire à une reconnaissance d'un statut juridique pouvant remettre en cause ce droit.
Pour toutes ces raisons, et bien d'autres que vous pouvez retrouver sur le site spécialement dédié à la mobilisation du 17 octobre prochain, osons le féminisme et réaffirmons le respect des droits des femmes comme un des fondements des droits humains !
Et c'est un homme qui vous le dit...
David Malgrain


