< Retour à la 1ère partie de l'interview
Le coming out est très largement abordé au travers des nombreux témoignages de jeunes filles et garçons dans votre livre. La lettre de Robin à sa famille est particulièrement forte à ce titre. Pouvez-vous nous décrire les principales étapes, pour les parents, vers l'acceptation de l'orientation de leur enfant (autre qu'hétéro !) ?
Fréquemment, les parents sont
bouleversés quand ils apprennent l’homosexualité de leur enfant, car
rien ne les a préparés à cet événement. Quel parent imagine-t-il,
lorsqu’il tient son nourrisson dans les bras, que celui-ci pourrait
plus tard être homosexuel ? Rares sont ceux qui sont capables
d’envisager un tel scénario.
Ainsi, lorsqu’ils apprennent la nouvelle, les parents se posent une multitude de questions : "Qu’avons-nous fait de faux ? Notre enfant vivra-t-il heureux ? Faut-il le dire à notre entourage ? Comment ?"
La plupart pensent qu’ils n’auront jamais de petits enfants et ce
constat les attriste. Mais aujourd’hui, les familles homoparentales
sont de plus en plus nombreuses, même si en France et en Suisse, la loi
n’autorise pas les couples de même sexe à adopter des enfants et
complique les choses.
Avant d’accepter pleinement leur enfant tel qu’il est, presque tous les parents passent par un cheminement marqué par différentes étapes qui s’apparentent à celles qu’on retrouve lorsqu’on traverse un deuil, ou qu’on doit faire face à toute autre forme de perte affective. Ils doivent faire le deuil de leurs projections parentales, de la vie qu’ils avaient fantasmée pour leur enfant. Déni, colère, marchandage magique ("Je pourrais peut-être faire quelque chose pour l’éviter"), culpabilité, dépression, telles sont les réactions récurrentes dans ce processus de deuil des projections parentales. Heureusement, beaucoup de parents, après quelques semaines ou mois, finissent par accepter leur enfant tel qu’il est en continuant à l’aimer inconditionnellement. Mais certains mettent des années avant de parvenir à ce stade, ce qui affaiblit forcément les liens avec leur fille ou leur fils.
D’autres pères et mères, sous le couvert d’une
pseudo acceptation, pratiquent une forme "subtile de rejet". Ils auront
entendu leur enfant, mais se comporteront comme si ce dernier était
assexué, en feignant d’ignorer sa vie affective, en refusant d’inviter
le partenaire de leur fille ou de leur fils à la maison, aux fêtes de
famille, etc... Je suis effarée de constater, par les témoignages que j’ai
reçus suite à la parution de mon livre, combien ces situations sont
fréquentes. Il est important que les parents acceptent leur enfant, car
sans cela, leur fille ou leur fils ne pourra jamais se sentir pleinement
épanoui.
Le nombre de suicides et de
tentatives est nettement supérieur chez les jeunes LGBT, c'est ce qui a
notamment motivé l'écriture de votre livre. Est-ce à dire que découvrir
son homosexualité ou bisexualité à l'adolescence condamne forcément à
penser au suicide à un moment donné ?
Ce n’est pas l’homosexualité qui est un problème, mais c’est le regard des autres sur celle-ci qui en est un. Comme il règne encore beaucoup d’ignorance et de préjugés sur l’homosexualité et la bisexualité, les adolescents qui se questionnent sur leur orientation sexuelle se sentent souvent anormaux, coupables et isolés, car ils ne peuvent s’identifier à personne. Il ne faut pas oublier que le modèle hétérosexiste prédomine dans la société. On se conduit en permanence comme si le schéma fille-garçon était le seul qui soit valable. De plus, il n’est pas rare que ces adolescents soient exclus par leurs pairs. C’est l’isolement qui provoque des dépressions, qui les expose au risque de tentatives de suicide, voire de suicide.
Mais
il faut tout de même relever que la majorité des jeunes qui se
questionnent sur leur orientation sexuelle ne commettent pas de
tentatives de suicide. Les études le démontrent, quand ils sont
soutenus par leurs familles et acceptés à l’école, les deux milieux
dans lesquels ils passent le plus clair de leur temps, ces jeunes
finissent par développer une bonne estime d’eux-mêmes. Ce qui revient à
conclure qu’une acceptation par la famille et une acceptation par le milieu scolaire
constituent des facteurs de protection essentiels.
Enfin, quels sont pour vous les
principaux préjugés, les plus tenaces, qui font toujours barrage à une
meilleure acceptation de l'homosexualité ?
On associe encore beaucoup
l’homosexualité à la sexualité alors qu’il n’en n’est rien pour
l’hétérosexualité. Les hétérosexuels ont tendance à faire de
l’homosexualité une affaire de lit et non de cœur. C’est pour cette
raison que sur le site internet de notre association Mosaic-info (www.mosaic-info.ch), nous avons écrit : "Etre hétéro, c’est aimer un garçon ou une fille, être homo c’est pareil."
Je trouve qu’il serait plus adéquat d’employer le terme "homosentimentalité".
Un autre préjugé tenace consiste à
croire que l’homosexualité est un choix. Or il n’en est rien. Les
personnes homosexuelles n’ont pas choisi leur orientation sexuelle, en
revanche elles choisissent ou non de s’assumer comme telles.
Les gens croient aussi à tort que les
gays sont efféminés et qu’ils pratiquent tous la sodomie (alors que les
couples hétérosexuels le font aussi), que les lesbiennes sont masculines
et ressemblent à des camionneuses et que les personnes bisexuelles ont
des partenaires multiples. En réalité, il n’y a pas de caractéristiques
physiques, psychologiques, comportementales ou vestimentaires qui
permettent aisément de distinguer les personnes homosexuelles des
personnes hétérosexuelles.
Un autre de ces clichés tend à affirmer
que les couples homosexuels sont moins stables. En réalité, ils durent
aussi longtemps ou aussi peu longtemps que les relations entre hommes
et femmes.
Mais heureusement, l’image de l’homosexualité tend peu à peu à changer, grâce notamment à la représentation que les médias, le cinéma, le marketing en font, et surtout grâce aux progrès réalisés dans la reconnaissance des droits des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et transexuelles. Aujourd’hui, du moins dans quelques pays occidentaux, l’homosexualité peut légitimement être associée au bonheur.
Propos recueillis par David Malgrain
Sur le web :
► Elisabeth Thorens-Gaud www.thorens-gaud.com
► Association Mosaic-info www.mosaic-info.ch
► Commander le livre www.fnac.com


