Enseignante suisse dans un collège en histoire et géographie, Elisabeth Thorens-Gaud a été confrontée à une situation à laquelle elle n'était pas préparée : une de ses élèves lui a confié que son père l'avait mise à la rue parce qu'elle était lesbienne, ayant même envisagé le suicide.
Elle a alors décidé de partir à la rencontre de jeunes, de parents et d'enseignants dans différents pays, pour mieux comprendre l'homosexualité et les conséquences parfois dramatiques liées à l'entourage familial et social des adolescents.
Elisabeth Thorens-Gaud a rassemblé tous ces témoignages dans un livre qui vient de paraître "Adolescents homosexuels - Des préjugés à l'acceptation" (Editions Favre), avec comme sous-titre "Aide aux parents, conseils aux enseignants, soutien aux jeunes". Nous vous invitons à découvrir son livre grâce à l'interview qu'elle nous a accordée.
Dans la première partie de votre livre, vous évoquez l'orientation sexuelle à l'adolescence et l'homophobie dans le cadre scolaire. Quelles sont les "meilleures pratiques" pour lutter contre cette homophobie que vous avez pu observer ?
En premier lieu, les enseignants ont le devoir de lutter contre les insultes et comportements homophobes, au même titre qu’ils le feraient à l’égard des propos racistes. Personnellement, j’adopte la politique du "zéro tolérance" pour ce genre de remarques. Si un élève utilise le mot "pédé" ou "gouine" dans un de mes cours, je le reprends. Et surtout je lui explique pourquoi son comportement est inacceptable, ce que la personne qui essuie cette insulte peut ressentir. Cette technique d’effet miroir est assez efficace et, en général, les élèves cessent assez rapidement d’employer ces mots blessants.
Ensuite, je suis convaincue que nous pouvons parler de l’homosexualité naturellement pendant nos cours, car elle fait partie de la réalité de la vie. N’oublions pas qu’en principe, dans chaque classe, il existe un garçon gay ou une fille lesbienne qui n’attend que quelques signes pour se sentir reconnu-e et développer une bonne estime de soi. Nous pouvons exploiter les perches que les élèves nous tendent, ou les matières des programmes pour aborder ce thème en toute décontraction. Quand on pense au nombre d’artistes, d’écrivains, de peintres, d’acteurs, de chanteurs, d’athlètes qui sont homosexuels, pourquoi ne pas en parler ouvertement ? Là, les enseignants ont un grand rôle à jouer.
Nous pouvons aider ces élèves en les informant sur les ressources à disposition sur le sujet au sein de l’école et sur internet. Nous pouvons afficher les dépliants contenant les adresses de lieux d’aide sur le panneau d’affichage de la classe. Personnellement, je tâche d’inclure les informations sur l’homosexualité dans celles plus générales sur la promotion de la santé. Les élèves se sentent moins "visés" personnellement, et je fais de brefs rappels plusieurs fois dans l'année.
Enfin, il est essentiel de s’assurer de la collaboration des bibliothécaires scolaires, des responsables santé afin qu’ils puissent fournir de la documentation adaptée aux élèves qui en auraient besoin. J’ai constaté qu’il règne encore beaucoup d’ignorance dans ces milieux. Alors il peut être extrêmement utile de consacrer une heure ou deux à expliquer à ces personnes de quoi il retourne. Une fois informées et convaincues de l’utilité de leur rôle, elles se révéleront être de précieuses alliées. J’en ai fait l’expérience dans mon établissement scolaire.
Vous évoquez la réticence d'enseignant-e-s à réagir en cas d'insultes ou comportements humiliants liés à l'orientation. Le temps nécessaire pour expliquer est souvent opposé aux programmes scolaires à respecter. Comment peut-on lever cet obstacle ?
L’heure qu’on gaspillerait éventuellement à discuter des comportements inappropriés ne sera jamais perdue puisqu’elle permettra de gagner du temps et de l’énergie par la suite. Une fois les élèves sensibilisés à ces questions, il suffira alors de faire de brefs rappels lorsqu’une situation délicate se présentera à nouveau.
Le thème de la discrimination basée sur l’orientation sexuelle peut être facilement intégré dans les programmes de citoyenneté, voire d’histoire. C’est le rôle de l’école d’ouvrir les futurs citoyens au respect de la dignité de la personne.
Une acceptation par la famille et une acceptation par le milieu scolaire constituent des facteurs de protection essentiels.


