Deux jours passés chez les Homo Biologis Ecologis - autrement dit les "décroissants" (1) - me permettent aujourd’hui de vous éclairer un peu sur ce mode de vie. Mais avant cela, il me semble nécessaire de revenir sur ce mouvement né dans les années soixante-dix avec les premières crises pétrolières : la décroissance.
Les décroissants veulent tenter de mettre fin ou tout du moins limiter la surconsommation des richesses de la Terre, en revenant à un mode de vie plus raisonnable et plus raisonné. Soyons clairs, je trouve cela fascinant et très courageux dans ce monde si tentant. Je ne compte absolument pas juger ces actes. Mais il me tient de vous dire combien cela m'a semblé - à moi citadine, consommatrice modérée mais consommatrice quand même - difficile. Je pourrais comparer cette expérience à l'ascèse religieuse : la rigueur et surtout le fait de ne pas craquer, jamais ! Or la tentation est partout ! Vous doutez ? Alors laissez-moi vous conter mon séjour...
Ayant quelques jours de repos, j'ai décidé d'aller à Grenoble chez le frère d'une amie pour profiter de la montagne et m'essayer à la pratique des raquettes. Plutôt adepte du ski alpin, j'ai tout de même choisi de vivre pleinement cette expérience de la souffrance sportive en randonnée. Et bizarrement, ce fut la partie la plus facile de mon séjour chez des décroissants.
Imaginez d'abord que ces gens ne pratiquent que la marche ou le vélo, et qu'il vous faut donc parcourir des kilomètres pour aller chercher cinq pommes biologiques livrées par l'A.M.A.P. (2) de la région. Pour ceux qui l'ignorent, les A.M.A.P. visent à aider le développement de l'agriculture locale en investissant, mais également en participant à la distribution, et même parfois à la production. Pour faire court, vous payez des produits que vous n'êtes pas sûrs d'avoir (intempéries, ravageurs et maladies peuvent vous priver de vos légumes), vous faites des kilomètres pour décharger un camion rempli de caisses de fruits et légumes (car l'entraide est de mise), et vous finissez par jeter les trois quarts de votre pomme (car l'intérieur est pourri !).
Jusque là, la découverte est totale pour moi. Et je reste fascinée par ce mode de vie. J'avoue même que l'aventure me tente. Certes, cela peut paraître risqué, un tantinet "bobo", mais c'est agréable de rencontrer des gens qui partagent ce même souci de protection de la nature et d'entraide. Mais attention, pour être une vraie décroissante, il faut également se priver de son téléphone portable. Tout de suite, ça me tente moins... Il faut aussi accepter de vivre avec ses meubles d'étudiant : le vieux canapé dont les ressorts vous trouent le pantalon chaque fois que vous essayez de vous en extraire, sans oublier les casseroles et poêles dépourvues de Teflon qui brûlent inévitablement les aliments. Aliments que l'on doit de toute façon ingurgiter, puisque sans papier aluminium (usage banni par les décroissants) il nous sera impossible de les conserver dans le réfrigérateur (de mémé !).
Et puisque j'aborde le sujet de la nourriture, il m’est difficile de ne pas vous mettre en garde. En effet, prévoyez un peu plus de temps pour vos préparations : ne cherchez pas le micro-ondes, ne cherchez pas le sucre blanc non plus, et prévoyez un dictionnaire pour mieux connaître les ingrédients qui constituent les cuisines des décroissants-bio. Ainsi, vous découvrirez que le Kamut (prononcez kamoute) est une céréale. J'en ignore le goût, jugeant l'expérience trop risquée pour mes intestins après 2 jours d'alimentation biologique...
Vous l'aurez compris, vivre deux jours chez des personnes soucieuses de la protection de notre planète n'est pas de tout repos. Je vous ai même épargné le papier toilette, les cotons-tiges, le shampooing sans mousse et les journaux "engagés" dans les petits coins. Et si je vous ai semblé moqueuse, je n'oublie pas de vous dire qu'en arrivant chez moi, j'ai compris que mon mode de vie n'était pas satisfaisant. Qu'il m'est tellement aisé de prendre ma voiture pour faire 3 kilomètres et acheter mes provisions sans penser une seule seconde que mon geste m'éloigne de mes convictions. Que malgré mes sourires, je reste admirative de ces personnes et que les rencontrer m'a aidée à me remettre en question pour tendre vers le meilleur. Pour moi. Pour mes enfants. Pour nous.
Madame K(1) Consultez le dossier sur Psychologies.com "Les décroissants : être et ne plus avoir".
(2) A.M.A.P. Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne : destinée à favoriser l'agriculture paysanne et biologique qui a du mal à subsister face à l'agro-industrie.
En cadeau, la fameuse et savoureuse recette du bouillon aux orties, qui permet d'exploiter au mieux les propriétés reminéralisantes de cette plante !
150 g d’orties, 3 pions d’ail, 3 oignons et 2 verres de lait ½ écrémé bio.
Récoltez avec une bonne paire de gants (!) puis lavez les jeunes pousses d'ortie. Gardez les 4 ou 5 premières feuilles les plus tendres : il vous faut environ 150 g pour 4/6 personnes.
Faites revenir ail et oignon dans un peu d'huile (bio), versez-y les orties hachées menu, faites-les fondre, ajoutez 2 verres de lait demi-écrémé (bio aussi).
Laissez mijoter 10 minutes. Servez le bouillon saupoudré de fromage râpé (bio toujours !).
Onctueux et savoureux juste comme il faut... Bon appétit !


