Racisme et homophobie : des mots qui traduisent des comportements de domination, d’exclusion et de violence vis-à-vis d’autrui. Des mots qui peuvent valoir de lourdes peines judiciaires aux personnes incriminées. Mais que faire face à tous ces comportements et discours qui ne sont ni racistes, ni homophobes face aux yeux de la justice ? Quelques exemples qui ont récemment fait couler beaucoup d’encre nous obligent à bien regarder "les lignes" des combats à mener.
©DM-2008
Georges Frêche, actuel président du Conseil régional de Languedoc-Roussillon et candidat à sa succession, est un cas d’école à lui tout seul. Malgré une condamnation en première instance, aucune poursuite pour injures à caractère racial n’a pu aboutir. Relaxé. Les Harkis et les "sous-hommes" ? Il s’adressait à deux d’entre eux uniquement, passés voir l’UMP auparavant, et non à une communauté. Tant pis pour ces deux-là ! Il y a eu aussi le trop de Noirs dans l’équipe de France de football : observation mathématique d’une sur-représentation au détriment d’une autre couleur ? Cela lui vaudra l’exclusion du PS début 2007. Et tant pis pour les joueurs noirs en "sur-nombre" ! Quant à sa dernière sortie verbale sur "la tronche pas très catholique" de Laurent Fabius, cet homme d’histoire a préféré se raccrocher à une expression populaire (très utilisée il est vrai) pour se justifier. Même s’il ne s’agit pas du cas le plus flagrant, comme le dit une autre expression très populaire, "la coupe est pleine"...
Autre exemple et non des moindres : Christian Vanneste, député UMP du Nord. Fervent combattant de la HALDE, il s’est opposé à sa création en 2004. Il a essayé d’introduire dans les manuels scolaires, via une loi de 2005, "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Mais il a aussi tenu des propos sur l’homosexualité comme "menace pour l’humanité", affirmant que "les homosexuels sont hétérophobes" et "inférieurs moralement". Jugé coupable au tribunal correctionnel puis en appel pour injures en raison de l’orientation sexuelle, Christian Vanneste verra sa condamnation cassée fin 2008. Motif ? Ses propos ont "pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles", mais "leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d'expression". Au suivant...
D’autres cas existent. Ces deux-là sont révélateurs, en ce sens que la justice n’a pas reconnu, malgré les plaintes ou par défaut de saisine dans certains cas, les caractères racistes ou homophobes. Et si vous qualifiez ces deux hommes ainsi en public, ils pourraient eux-mêmes vous poursuivre pour diffamation ! Ce qu’ils révèlent aussi, c’est qu’ils sont élus par une partie des citoyens : Georges Frêche est élu conseiller régional depuis 1973 et Christian Vanneste député depuis 1993. Leurs propos sont partagés, et ne sont donc pas ceux de marginaux...
La loi et rien que la loi, point à la ligne ?
Il ne faut donc pas attendre tout de la justice, notamment dans le cadre de la lutte contre les discriminations. Certes, la loi est "la première ligne" qui pose ce qu’il est interdit de faire ou de dire, si ces actes ou propos sont motivés par une distinction arbitraire :
"Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs moeurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée." (art. 225-1 du Code Pénal modifié par la loi du 16 novembre 2001)
Mais "l’autre ligne" est beaucoup plus difficile à identifier, c’est celle des expressions populaires, des associations d’idées, des amalgames, des stéréotypes et des préjugés. Nous en avons, nous en exprimons, nous en entendons toutes et tous. Ils nous font même réagir parfois à l’encontre de l’image que nous donnons aux autres.
Dans cet extrait relayé par Gayclic.com de l’émission Cactus, présentée par Géraldine Muhlmann sur Paris Première, vous pourrez voir que les lignes ne sont pas toujours là où on les croit. On évoque Le Baiser de la Lune, conte sous forme d’un film d'animation parlant d'une histoire d’amour entre deux poissons mâles (voir le billet d'Alain Piriou sur Demactive.fr).
L’image que nous pouvons avoir d’un homme comme Robert Ménard, journaliste grand défenseur des droits de l’Homme, en prend un coup lorsqu’il dit : "Moi j’ai envie que mes enfants aient une sexualité hétérosexuelle. Je n’ai pas envie d’autre chose." Et les propos de Philippe Lelouche sur la pornographie lui font clairement franchir la "ligne jaune". Sortie de route. Christine Boutin n’a nul besoin d’en rajouter, elle est même absente du reste du débat après avoir présenté le sujet...
Mais au fait c’est quoi le sujet ? Promouvoir l’homosexualité en CM1-CM2 ? Ou évoquer des contes qui s’inspirent des amours réelles ? S’il n’est pas possible d’écrire une histoire d’amour entre deux poissons, doit-on continuer à écrire des contes de fées où la femme n’attend son salut sentimental et social qu’au travers de la rencontre d’un prince charmant qui l’enfantera et lui offrira un beau tablier dans une belle cuisine ?...
Les mentalités évoluent, des positions s'expriment de toute part, des pages d'histoire(s) s'écrivent et se réécrivent. Oui, les lignes bougent. Alors bougeons les lignes... Et vite !
David Malgrain

