"Je suis un homme et j’aime travailler avec des femmes." Non, ce n’est pas la déclaration d’intégration à un groupe de mâles anonymes qui tenteraient de se défaire de leur accoutumance. Encore moins le titre d’un voyage exploratoire au cœur d’une entreprise hors du commun. C’est tout simplement la déclaration d’un homme qui n’a eu de cesse de grandir au rythme des rencontres de tous horizons, ou plutôt de tous genres.
C’est encore plus simplement ma façon d’attirer l’attention sur ce qui est loin d’être encore atteint aujourd’hui. Je veux parler de la représentation des femmes dans tous les milieux professionnels et de l’égalité de traitement, qu'il soit salarial ou en évolution de carrière. Est-ce si difficile de considérer ses collègues au vu de leurs compétences et potentiel, sans leur assigner des caractéristiques stéréotypées ? Comme j’ai pu de nombreuses fois le constater, changer le regard des hommes passe aussi par leur faire relever les yeux au niveau du visage de leur interlocutrice !...
C’est aussi un clin d’œil à toutes ces représentations qui tendent à nous réduire en fonction de nos chromosomes. Oui je suis un homme, oui j’aime travailler avec des hommes (quand même) mais tout autant (si ce n’est plus ?) avec des femmes. Question d’équilibre : pas celui d’un quota, mais celui d’un développement personnel et collectif...
Développement personnel et performance collective
Que serais-je donc devenu si j’avais évolué dans un monde d’hommes, fait par et pour des hommes ? A question bizarre, réponse évidente : je n’en sais rien ! Mais ce qui n’oppose aucune contestation au vu de mes rencontres et de nombreuses situations, c’est que j’aurais raté une bonne partie de ma vie professionnelle si j’avais été privé de cette présence féminine.
Est-ce à dire que les femmes travaillent différemment des hommes ? Question piège, mais si l’on en croit une étude du cabinet McKinsey & Company de 2008, en partenariat avec le Women’s Forum for the Economy & Society, 5 des 9 comportements principaux de management seraient davantage pratiqués par les femmes (1). Le leadership féminin est ainsi présenté comme véritable "moteur de la performance". C'est aussi dans ce sens que paraitra prochainement un article de recherche du MAGE (dirigé par Margaret Maruani du CNRS) dans la revue Travail Genre et Sociétés. Ah, vous voulez aller voir ?!
Est-ce à dire que cette collaboration que j’affectionne particulièrement ne présente que des avantages du simple fait qu’il s’agisse de femmes ? Ce serait là une vision bien caricaturale, car j’ai eu autant de désaccords que de convergences avec des femmes qu’avec des hommes.
Des lignes à bousculer
Et "travailler avec des femmes", est-ce "travailler avec des mères et gérer l’absentéisme" ? Le genre de réflexion que l'on entend toujours. Faut-il encore préciser que femme n'est pas synonyme de mère ! Pour autant, un congé maternité se résume en général à 16 semaines, soit 4 mois : pourquoi un homme n’est-il pas perçu lui aussi comme potentiellement parent et pouvant prendre un congé parental de 6 mois, 1 an, voire plus ? Le droit au congé parental est bel et bien ouvert aux deux parents. Hélas, dans mon passé de DRH, je n’ai eu en tout et pour tout qu’une seule demande à traiter émanant d’un homme, sur plusieurs dizaines...
En revanche, la femme avec qui nous avons formé un équipe pendant plusieurs années, m’a définitivement convaincu par son entière implication (et souvent "jusqu'à pas d'heure") qu’il n’y a pas un rôle parental féminin qui doive prendre le dessus sur le masculin, et vice et versa. Tout est une question d’organisation et d’équilibre, qu'elle et son mari avaient réussi à construire avec leurs deux enfants, en dehors de toute représentation figée sur la répartition. Et pourtant...
"L’arrivée d’un enfant accentue le déséquilibre du partage des tâches domestiques entre hommes et femmes, les ajustements touchant essentiellement les femmes : ce sont elles qui s’éloignent du marché de l’emploi, elles aussi qui prennent davantage en charge les tâches domestiques. La naissance et l’éloignement de l’emploi jouent ici en synergie. Malgré l’idéal d’égalité, la répartition des tâches au sein du couple reste fortement déséquilibrée." (2)
N’est-il pas temps de bousculer cette vision toujours très marquée des rôles ? Le 8 mars prochain, nous célèbrerons la journée internationale des droits de la femme (communément appelée journée de la femme). Dommage de devoir encore consacrer une journée à la cause féministe, mais l'état des droits et des menaces faites aux femmes dans le monde justifie qu'on y porte un regard fort pour marquer les esprits et changer les comportements. Il s'agit là encore de lignes qui bougent et que nous devons bouger au quotidien. Ces lignes féminines et masculines qui s’entrecroisent plus qu’elles ne s’opposent, un peu comme en chacun-e d’entre nous. Encore faut-il les accepter en soi pour les accepter autour de soi...
Alors oui, je suis un homme et j'aime travailler avec des femmes. Et je suis -aussi- féministe.
David MalgrainA Isabelle, Laureen, Chantal, Huguette, Méo, Fabienne, Mathilde, Sophie, Evelyne, Michèle, Béatrice, Céline, Mireille, Denise, Dominique, Marie-France, Nathalie, Sylvie et toutes les autres d'hier qui m'ont accompagné. Et à toutes celles de demain...
(1) Rapport Women Matter 2 - Octobre 2008 (format pdf 1,8 Mo).
(2) Etude "L'arrivée d'un enfant modifie t'elle la répartition des tâches domestiques au sein du couple ?" - INED - Population & Société - Novembre 2009


