Notre république, une et indivisible, serait donc honorablement mieux défendue des discriminations qui la minent par un représentant du "corps français traditionnel" à la tête de la Halde. Cette expression de Gérard Longuet, la considérant lui-même comme "maladroite" après coup, fait polémique. Mais elle a l’intérêt de poser deux questions importantes : existe-t’il plusieurs niveaux de Français pour défendre l’intérêt commun ? La lutte contre les discriminations est-elle une prérogative exclusive des personnes minorées ?
Le "corps français traditionnel"
Les nombreuses réactions, de gauche comme de droite, font référence à un langage qui pourrait faire froid dans le dos si on devait l’appliquer à la lettre. Sur son blog d’avocat, Gilles Devers nous rappelle à notre mémoire ce que cette sémantique a pu apporter de plus extrême à notre pays, au travers de la loi du 22 juillet 1940 et des dénaturalisations de Français par le gouvernement de Pétain qui s’en sont suivies. On dénonce toujours les parallèles faciles faits entre une déclaration contemporaine et les heures sombres de notre histoire. Gilles Devers n’oublie cependant pas de préciser après son exposé qu’ "il y a aujourd’hui mille freins qui joueraient avant que puissent être publiées ce genre de lois".
Mais il est tout de même surprenant qu’un homme politique comme Gérard Longuet, dont la connaissance de l’histoire de son pays devrait être acquise, s’aventure à utiliser de telles expressions. Derrière elles, on peut deviner que certaines personnes sont plus "françaises" que d’autres, ou plutôt plus représentatives d’une France au regard de ses "traditions". On relie cela à cette fameuse "identité nationale", concept politicien de fixation collective au détriment de l’évolution et de l’apport de l’individu à une société.
Que cet homme le pense et qu’il le dise, pourquoi pas. On ne saura que mieux considérer les opposants au mieux vivre ensemble, pour tenter de rassembler davantage autour de discours cohésifs et non bâtis sur la division voire l’exclusion. Si cela pouvait nous éviter aussi d’entendre notre "hibernatus" national en la personne d’Eric Zemmour, qui appelle à "détruire la Halde" et n’a de cesse de vouloir retrouver une France que les moins de 300 ans ne peuvent pas connaître.
Mais enfin, sur quoi peut-on définir ce fameux "corps français traditionnel", si ce n’est sur des bases de distinction d’origine et de confession (Gérard Longuet reconnaissant la légitimité du président sortant de la Halde Louis Schweitzer sur son aspect "vieille bourgeoisie protestante") ? C’est là tout l’opposé des fondements de cette autorité indépendante créée en 2004 !
Un homme blanc hétéro en parfaite santé peut-il s’impliquer dans la lutte contre les discriminations ?
Dans les explications et décryptages du jour, dont le soutien "presque" inattendu de Yazid Sabeg à Gérard Longuet (peut-on y voir une réaction à l’annonce de la possible nomination de Malek Boutih ?), est développé un autre pan du questionnement : la lutte contre les discriminations, que chacune et chacun doit être à même de mener dans son quotidien, ne peut et ne doit pas concerner que les personnes minorées et discriminées dans notre société.
En effet, si le combat contre les inégalités faites aux femmes ne devait être assuré que par des femmes, si la reconnaissance d’une pleine et entière citoyenneté aux personnes en situation de handicap ne pouvait être défendue que par une personne en fauteuil roulant, si la revendication de l’égalité des droits pour les couples de même sexe ne pouvait être portée que par un gay ou une lesbienne, comment réussir alors à impliquer qui que ce soit d’autre et à faire avancer notre société vers plus de cohésion sociale ?
Bien sûr que les féministes ne sont pas et ne doivent pas être que des femmes ; les défenseurs des droits LGBT ne sont pas et ne doivent pas être que des gays et des lesbiennes ; les anti-racistes ne sont pas et ne doivent pas être que des noirs et des maghrébins.
Mais alors, en conclusion et par stricte application de toutes ces considérations, le profil type du futur président de la Halde serait donc :
- un homme (pour mieux s’impliquer avec les femmes),
- moins de 50 ans (pour partager les combats des séniors),
- blanc de peau et de famille française depuis au moins le XVIIIème siècle (pour une meilleure empathie à l'égard des immigrés, des noirs, des typés maghrébins et asiatiques),
- à 100% de ses capacités physiques et sans maladie (pour mieux se rapprocher des personnes handicapées et celles touchées par les graves maladies comme le cancer ou le sida),
- hétérosexuel (pour mieux défendre les droits des LGBT et combattre l'homophobie),
- sans confession exprimée (pour mieux défendre tous les croyants et tous les non-croyants),
- sans passé militant ni associatif ni syndicaliste ni politique (pour mieux protéger les opinions syndicales et politiques).
Alors, le meilleur candidat pour présider la Halde est... Vous avez des noms ???
David Malgrain (finalement pas candidat car hors profil type !)


