Le 1er mars se doit d'être une date importante. Et pas seulement parce que je fête mes 34 ans ce jour ! Le 1er mars, les immigrés, les enfants d'immigrés et ceux qui le souhaitent sont invités à cesser toute activité ou à s'abstenir de consommer.
Inspiré du Great American Boycott organisé en mai 2006 par les Hispaniques de Californie, le collectif La journée sans immigrés, 24h sans nous (lire l'article "Une journée sans immigrés en France, ça donnerait quoi ?") espère prouver aux "Françoys" le rôle de la population immigrée dans l'économie du pays. C'est prendre le contre-pied du débat sur l'identité nationale. C'est poser la question de l'intérêt de ce débat. C'est faire entrer nos dirigeants dans le "principe de réalité" (1) afin qu'ils cessent de faire croire aux électeurs que les immigrés sont des parasites qui encombrent la France et la pillent de ses richesses. Ceux qui verraient là un moyen de remettre sur le devant de la scène des questions sécuritaires, au même titre que les débats sur le niqab et la burka, à quelques semaines des élections régionales, seraient bien malveillants...
A la veille de mes 34 ans donc, je suis intriguée par le hasard de cette date choisie par le collectif qui m'amène à m'interroger sur mon identité. Petite-fille d'immigrés espagnols nés en Algérie sur le sol français. Fille d'une Bretonne dont la famille fut même anoblie par Anne de Bretagne pour l'avoir sauvée d'une embuscade près de Morlaix. Née en Sarthe. Jusqu'à quel point puis-je me définir comme française ?
Fête de l'agriculture et des muletiers à Er-Rahel (Algérie) à laquelle participe mon grand-père (au centre)
Si le droit du sol m'accorde de fait la nationalité française, que dire du droit du sang ? Ce sang multi-ethnique qui me rend si fière ne deviendra-t-il pas une source d'ennuis lors du renouvellement de papiers administratifs ? Pire, mes enfants, dont la moitié de leur sang est algérien, seront-ils reconduits à la frontière par des gouvernants qui jugeront ce métissage contraire à l'identité française ? Car, concrètement, quel est le bilan de ces débats ? Une interview télévisée de François Fillon soutenant Eric Besson et décrétant que ce débat était nécessaire ?...
Au final, ne persiste-t-il pas des relents de mauvaise foi et de propos déplacés ? Nos oreilles ayant été bercées pendant des semaines de propos racistes sous couvert de liberté d'expression.
N'oublions pas que c'est en légitimant la haine des Anglais qu'est née une sorte de "conscience nationale" (2) transcendant les peuples français durant les multiples conflits de la guerre de Cent Ans. Haine des Anglais transformée en haine des envahisseurs et qui sera incarnée par Jeanne d'Arc, la mystique, "envoyée par Dieu pour chasser [les Anglais] hors de France". Jeanne d'Arc dont le "patriotisme" fut repris par le Front National pour justifier cette haine des étrangers présents sur "notre" territoire. Aujourd'hui, Eric Besson et ses sbires n'usent même pas de cette grande figure du "nationalisme" français. La ressemblance avec un certain borgne serait-elle gênante pour notre ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire ? A peine ! Il se dit même fier du travail effectué...
Oyez Oyez peuple françoys ! Je crois urgent d'extraire Eric Besson et nos dirigeants du principe de plaisir.
Oyez Oyez peuple françoys ! Soyons fiers de nos couleurs, de toutes nos origines, de nos métissages. Et bonne journée du 1er mars, car je ne veux pas plus d'une journée sans immigrés.
(1) En psychologie, le "principe de réalité" désigne avant tout la possibilité de s'extraire de l'hallucination, du rêve dans lesquels triomphe le principe de plaisir et d'admettre l'existence d'une réalité, insatisfaisante (source Wikipédia).
(2) Lire l'article de Laurent Vissière "L'émergence de l'identité nationale" dans la revue Historia (mars 2010).
Sur le web :
► Site officiel du collectif "La journée sans immigrés - 24h sans nous" www.lajourneesansimmigres.org


