Alors que le choix dans les listes ne manquait pas pour ce 1er tour des régionales 2010, plus d’un électeur sur deux ne s’est exprimé... pour aucune d’entre elles. Une abstention lourde. Des conséquences inquiétantes. Une réaction urgente.
Près de 10 listes en moyenne se présentaient au suffrage des électeurs dans nos 26 régions. Pas 22 comme on a l’habitude de l’entendre, 26 car les 4 collectivités d’outre-mer font partie des régions françaises. C’est en Lorraine que le record a été battu, avec 13 listes au 1er tour. Et 58,45 % d’abstention (non votants et votes blancs/nuls) pour une moyenne nationale à 53,65% : le choix n’est donc pas synonyme de mobilisation citoyenne !
Hier soir, à l’annonce des résultats sur les plateaux télé, on nous jouait pour beaucoup le refrain d’Abd Al Malik, "c’est pas moi c’est les autres, les autres". La faute aux Présidents : pour les uns, de la République ; pour les autres, des Régions ! Et avec tout cela, pas une seule (ou très peu audible) autocritique de la part de celles et ceux qui n’ont pas réussi à susciter l’envie auprès de la moitié du corps électoral. Nous déplorons tous hélas que beaucoup trop de Français-es aient préféré ne pas voter plutôt que porter leur choix sur une des listes. Nous entendons tous dans notre entourage les réflexions "bonnet blanc et blanc bonnet", "cela ne changera rien pour moi qui suis au chômage", "j’en ai marre de leurs coups foireux" ou encore "ils nous font croire que tout ira mieux alors que les politiques ont échoué face à l’économique et à la finance sur la crise". Le tableau est dressé. Sombre.
La culpabilisation des abstentionnistes ne tient plus. Plus exactement elle ne suffit plus. Car ne perdons pas de vue quand même que les électeurs des extrêmes font rarement partie du camp de l’abstention. C’est aussi ce qui explique cette "remontée" du Front National : pas forcément plus nombreux mais plus fidèles, au vote comme au parti ! Imaginez que plus aucun électeur des principaux partis républicains ne se déplace, et c’est sur un plateau que notre République sera offerte aux plus dangereux ! C’est dit.
Pour autant, on ne peut se satisfaire de ce discours au vu de 1er tour. Quand un électeur sur deux ne voit plus en quoi une élection régionale est toute aussi importante qu’une élection nationale (n’en déplaise à Luc Chatel qui hiérarchisait hier soir les scrutins), c’est que les enjeux de nos femmes et hommes politiques ne sont plus en ligne avec les enjeux de leurs politiques. Pire, certains grands médias s’y complaisent et ne montrent que très peu d’entrain à balayer les coups bas et petites phrases pour recentrer sur les vrais enjeux : les réponses dans le quotidien des citoyens. Ainsi, la région est toujours vue comme une nébuleuse ou un véritable panier de crabes ! Et si on créait des "espaces d'expression des abstentionnistes" en amont de tout scrutin ? Proposition saugrenue ? Cela reviendrait à écouter pourquoi certains ne sont pas disposés à aller voter avant toute campagne, à aller au contact vers d'autres que les militants, plutôt qu'agiter les bras dans tous les sens entre les deux tours...
La quantité des listes n’assure donc pas systématiquement le geste citoyen. L’abstention grandissante présente un réel danger pour notre démocratie et les valeurs du mieux vivre ensemble. Les femmes et hommes politiques doivent clairement s’adresser aux citoyens et non plus assurer leur show emprunt de narcissisme et de clientélisme. Mais à tout cela, s’ajoute aussi une autre menace : celle de l’individualisme au détriment du collectif.
La tendance à calquer et à faire calquer les attentes citoyennes sur le comportement de consommateur : "un produit/une réponse d’abord pour moi, pour les autres on verra après". Et si le consommateur ne trouve pas le produit qui s’adresse à lui directement, malgré une offre très large en rayon et de belles têtes de gondole, il n’achète pas. Cette logique doit elle aussi être cassée. La citoyenneté n’est pas un moyen de répondre aux individualités mais bien aux collectivités, à la société. Et c’est en répondant à une société et à ce qui fait lien, que nous apportons une réponse aux individus qui la composent. Cette valeur est à retrouver, avec les abstentionnistes d'hier. Retrouvons-la et de toute urgence !
David Malgrain


